Mettre à l’abri, héberger, loger : changer nos logiques

[EXTRAIT – BORDEAUX EST AVENIR]

L’obligation légale de créer un logement d’urgence pour mille habitants n’est pas appliquée partout. Il n’y a pas dans chaque commune un logement d’urgence pour mille habitants. Par exemple sur Bordeaux Métropole, le respect de cette obligation se fait à l’échelle intercommunale. Et dans ces espaces dédiés pour un premier accueil, nous ne savons pas faire face à l’arrivée de flux migratoires (réfugiés de guerre, climatiques, économiques et demandeurs d’asile) autrement que dans l’urgence. De ce fait, nous gérons sous pression des squats et des rassemblements anarchiques car nous n’avons pas encore créé suffisamment de sas d’accueil en dur capables de faciliter la restauration de ces arrivants non attendus. Il nous faudrait des équipes pluridisciplinaires dédiées pour étudier leurs dossiers et, pour ceux qui ont vocation à rester, débuter l’apprentissage prioritaire des savoirs de base, notamment de notre République.

Nous, c’est avant tout l’Etat dont l’une des compétences est de prendre en charge les étrangers et les sans domicile fixe. Mais nous, ce sont aussi les collectivités car ces publics sont des habitants de nos communes. La ville de demain doit être conçue comme un organisme vivant capable d’accueillir des dynamiques de migrations éphémères ou durables, autrement que dans le chaos.

D’autre part, il faut que nous arrivions à loger, à des prix accessibles, les populations pauvres : une réflexion profonde doit être menée sur le coût de la construction, sur les logements évolutifs en fonction des besoins. Le taux obligatoire de 25 % de logement social, pour être atteint à Bordeaux, exige un effort considérable et bien maîtrisé pour ne pas céder à la « facilité » du tout logement social sur un même secteur dont nous connaissons tous les limites. La qualité de la construction, boostée ces dernières années, est une exigence complexe à respecter : elle met la lumière sur le personnel des entreprises de construction. La guerre des prix conduit parfois à faire travailler une main d’œuvre insuffisamment qualifiée qui accepte des salaires très faibles. Il faut urgemment que nous portions un regard collectif, lucide sur cette dérive. En outre, atteindre ce taux de 25 % de logement social ne permettra pas de répondre à toutes les demandes. Il faut que nous entrions dans une ère de réflexion sur les poly-usages de bâtiments et d’espaces, et sur les constructions éphémères.

Enfin, nous devons acter collectivement l’impossibilité de construire du logement très social dans les secteurs qui en sont déjà saturés, et veiller à ne plus attribuer ces logements à des familles très fragiles. Notre système actuel génère parfois des situations inextricables. Une famille dans un logement social en accueille une autre venue du même pays, elle en a le droit. Les enfants de cette nouvelle famille sont scolarisés à l’école du coin. Cette famille demande un logement du fait de la surpopulation dans le logement de la famille invitante. Elle demandera alors un logement proche de l’école où sont déjà scolarisés les enfants. Le système peut donc faciliter le communautarisme malgré nous et enkyster des phénomènes de pauvreté.

Tous ces objectifs doivent être atteints pour répondre à des besoins individuels en masse et pour éviter les coûts actuels multiples, directs et indirects, de la pénurie. En attendant que ces dynamiques soient totalement comprises et à l’œuvre, la pénurie de logements accessibles se traduit par une pression extrêmement forte, quasiment intenable, sur les travailleurs sociaux. La métropole, dans l’évolution de ses compétences, a désormais une immense responsabilité pour accompagner ces changements radicaux. L’exigence de mixité oblige à admettre les erreurs commises et à faire admettre des décisions difficiles.

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