S’occuper des plus vulnérables, c’est s’occuper de tous

[EXTRAIT – BORDEAUX EST AVENIR]

S’occuper des plus fragiles est trop souvent présenté comme un acte de charité ou comme une charge à assumer. C’est, en fait, une formidable opportunité d’obtenir un équilibre collectif et une croissance durable, pour tous. Au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, notre modèle social de protection a été au cœur des propositions du Conseil National de la Résistance – CNR – pour soutenir le peuple affaibli. Nous ne pouvions sortir du chaos que par la cohésion et la solidarité.

Nous continuons à fonctionner aujourd’hui sur les fondations et programmes issus de cette époque. Mais nos réformes sont en panne pour les adapter aux mutations en cours. Nous nous concentrons surtout sur les moyens de financer notre modèle de protection sociale pour ne pas le perdre complètement, au lieu de chercher ce qui pourrait lui donner un nouveau souffle. Depuis trop longtemps maintenant, les modalités de l’intervention sociale ne sont ni repensées ni débattues sérieusement, à peine toilettées en réalité. Seule la kyrielle de dispositifs médico-sociaux est alourdie ou allégée à l’arrivée de chaque nouveau ministre en charge de ce domaine. Nous créons de toutes pièces des parcours d’assistanat dont nous nous plaignons ensuite bruyamment. Les travailleurs sociaux sont très inquiets : ils ne peuvent objectivement pas s’adapter à toutes les nouvelles trajectoires de précarisation qui s’additionnent et font exploser le nombre de bénéficiaires autant que la polymorphie de leurs demandes. Le bénévolat, force d’appui indispensable, doit lui aussi être revu pour être valorisé et amplifié.

La pauvreté se tait trop dans les débats politiques alors même qu’un tiers des Français ont du mal à boucler les fins de mois et que 25 % n’y arrivent pas du tout. Bordeaux n’échappe pas à ces débats : 17 % des habitants vivent avec moins de 942 euros par mois. Comment mettre un terme à cette double impression, que nous partageons tous, que notre système de solidarité nationale serait un puits sans fond, une charge aujourd’hui intolérable, et que, malgré tout, nous devons maintenir un système de solidarité collective plus efficace et juste ? Comment notre système de protection sociale doit-il évoluer pour y parvenir ? Il faut d’abord ne plus nous cacher aucune vérité, ne plus éviter aucun débat pour refonder l’intervention sociale, car l’efficience de nos politiques publiques sociales conditionne la qualité de la cohésion sociale elle-même, base indispensable à l’attractivité économique et culturelle des territoires.

Ce que nous saurons faire avec les plus fragiles nous saurons en faire profiter à un autre niveau tous les autres : leurs problèmes sont tellement inextricables en tous domaines que nous devons déployer de l’expertise, de l’imagination, de l’écoute, de l’audace pour les résoudre. Tout cela représente un capital, un savoir-faire qu’on nous envie partout dans le monde et que nous devrions exporter massivement.

Les publics en difficulté sociale doivent être accompagnés dans leurs besoins fondamentaux – l’alimentation saine, de qualité, proche, la possibilité de cultiver, l’accès à des emplois liés au recyclage au réemploi, la préférence donnée aux déplacements doux, les échanges, la chasse au gaspillage sont autant d’actions vertueuses qui ont une résonance particulière pour des publics au faible revenu fiscal. Ils pourraient développer un savoir-faire plus rapide car nécessité fait loi : l’obligation de sobriété deviendrait une force et se traduirait par des capacités avant-gardistes duplicables au plus grand nombre.

La suite mercredi prochain

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