Dans et hors de l’école

[EXTRAIT – BORDEAUX EST AVENIR]

Le programme métropolitain des « Juniors du développement durable » a permis de sensibiliser des dizaines de milliers d’écoliers aux enjeux écologiques grâce à l’intervention de toutes les associations d’éducation populaire de notre territoire. Rapidement, nous nous sommes aperçus, qu’en plus d’interventions ponctuelles, il fallait créer un cycle de formations qui permette à chaque enseignant volontaire de maîtriser des connaissances supplémentaires et des outils pour les transmettre à leur public. Le fait que ces formations aient été proposées parmi toutes les autres du cycle de formation de l’Education nationale peut sembler discutable. L’urgence écologique doit se traiter dans toutes les disciplines et non pas comme une discipline à part entière, très technique, hors tout.

Nous avions engagé avec les associations un travail très profond pour que les enseignants volontaires collaborent entre eux au sein de l’école. Nous pensions toujours que l’idéal aurait été que l’équipe pédagogique toute entière participe à ces travaux dans la durée pour que les écoliers, en changeant de classe, retrouvent une cohérence dans les messages et que, maturité faisant, ils puissent additionner et consolider leurs connaissances comme leur esprit critique sur toutes ces questions fondamentales pour leur avenir. Nous avions élaboré un classeur par niveau de classe avec des fiches d’ateliers et de séances sur l’eau, les déchets, l’alimentation, les déplacements, l’énergie… Les approches étaient multiples : artistiques, philosophiques, scientifiques, littéraires… Chacun pouvait entrer sur les enjeux de la survie de l’espèce humaine par la discipline de son choix et selon un modèle opératoire qui pourrait s’affiner sur mesure grâce à tous nos retours d’expérience. Les premières années du dispositif furent des succès.

De plus en plus de classes s’engageaient dans des Agenda 21 scolaires intégrant tout l’établissement dans la même dynamique. Il est intéressant à ce stade de savoir que les candidatures pour s’engager dans ces programmes très denses venaient souvent de zones de priorité éducative. Il y avait toujours un constat déclencheur de la part de l’équipe qui relevait d’autres questionnements que celui du niveau scolaire stricto sensu : gaspillage alimentaire à la cantine, récupération en nombre de vêtements non-réclamés en fin d’année, bruit maximal dans la cour, déchets dans la cour… Tous ces constats, et la qualité des échanges avec les enfants, nous ont conduits à travailler avec les équipes municipales, agents de service et personnels d’animation. La vie des jardins, l’entretien des salles de classes, la gestion du papier, tout cela, pour être efficace et compris par les écoliers, devait être appréhendé aussi par le personnel, ce qui impliquait naturellement des formations et un travail d’équipe décloisonné entre enseignants et avec les autres représentants de la communauté pédagogique. Ce travail total au long cours a impacté, ensuite, les services des mairies ne travaillant pas forcément dans l’école : les jardiniers pour la terre, le service patrimoine pour évaluer les économies d’énergie, les transports pour les pédibus… Il fallait aussi penser l’harmonie entre la démarche d’Agenda 21 scolaire et celle de la ville, du département, sur le territoire duquel l’école est située… Il fallait la aussi une maïeutique, une logique de rhizome ; chaque démarche faisant écho à une autre en se renforçant de nos complémentarités et de nos similitudes.

Evidemment, pour les projets plus avancés, ceux grâce auxquels des écoliers avaient été sensibilisés trois ans consécutivement, la question du collège devenait cruciale : comment le travail conduit pouvait être prolongé et épaissi ? La question de l’urgence écologique et des moyens concrets pour y répondre pouvait et devait se traiter partout, tout le temps, et cela était possible à condition qu’on décloisonne nos pratiques à l’échelle de nos territoires et qu’on choisisse les mêmes messages à répéter. Ce n’est pas exactement ce qui s’est passé, malheureusement : chaque institution et/ou organisation s’étant approprié son propre outil et le faisant vivre à son rythme, au risque de perdre le citoyen. Il aurait fallu une convergence d’actions autour de quelques messages forts, simples et partagés. Les projets éducatifs de territoire, désormais obligatoires en 2016 dans nos collectivités, sont un socle administratif qui devrait nous aider à faciliter ce travail en réseau au service de causes prioritaires. Les familles ont naturellement un rôle crucial à jouer.

La suite mercredi prochain

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