Rat des villes et rat des champs

[EXTRAIT – BORDEAUX EST AVENIR]

J’ai grandi à la campagne et une partie des membres de ma famille ont été agriculteurs et éleveurs. Je connais la dureté de ces métiers et la souffrance de ne pas être reconnus dans la fonction de nourrir. Cette absence de reconnaissance venant tout à la fois des prix qui ne permettent pas de vivre décemment, des caricatures du paysan pollueur, de la bureaucratie européenne et des mensonges à grande échelle sur l’impact dramatique de certains produits sur leur santé.

Les rapports entre les habitants de la ville et les habitants de la campagne n’ont jamais été aussi distendus : après la vague d’espoir autour de la néo-ruralité, il y a aujourd’hui une profonde incompréhension nourrie dangereusement d’ailleurs par certaines paroles politiques malhonnêtes qui préfèrent opposer plutôt que rassembler le monde rural et le monde urbain. Aujourd’hui, chacun percevant que la pauvreté est parfois bien plus violente dans la campagne que dans la ville, une partie des budgets dévolus aux quartiers urbains fragiles est réorientée dans des territoires ruraux oubliés.

Dans un autre registre, la cherté des terrains et bâtiments en hyper urbain a généré la fuite de nombreuses familles vers la périphérie, ce qui pose de très nombreuses questions autour des conséquences de l’étalement urbain sans qu’on arrive à le réguler. Ces familles, lorsqu’elles se séparent, reviennent souvent en hyper centre-ville. C’est là qu’elles trouvent le plus d’activités gratuites et de services venant en soutien de tout ordre.

La vague d’incompréhension et de peurs soulevée par l’annonce de l’éventuelle disparition des départements traduisait tous ces malaises liés à ces phénomènes. L’aménagement de nos territoires et les diagnostics qui les conditionnent sont un enjeu national crucial. L’alimentation est un très beau sujet concret de rapprochements possibles, d’autant que nous avons la chance de vivre dans un département, une région, dont la production en céréales, vins, fruits, légumes et produits de la mer sont un fleuron. Tout ce que nous pourrons faire pour développer les circuits courts comme dynamique d’approvisionnement de notre ville sera porteur de valeur ajoutée économique, culturelle, sociale pour tout le monde.

Ce serait une opportunité concrète d’analyser les flux entre la ville et les campagnes et donc d’obtenir une connaissance toujours plus fine des habitants et de leurs pratiques. Si nous développons à Bordeaux le concept de ville nourricière en exploitant les délaissés et les toitures, en sanctuarisant des terrains, et si nous définissons comme prioritaire le développement de cycles courts comme moteur de nos échanges avec le département, nous pourrions développer, j’en suis convaincue, un projet dans lequel beaucoup d’habitants trouveraient de l’intérêt.

De manière symbolique mais concrète, nous serions tous heureux d’avoir à Bordeaux un grand marché mettant en scène avec fierté tous les produits de notre campagne environnante avec des ateliers de cuisine locale pour dégustation. Un mix du « Bon goût d’Aquitaine » et du Marché des capucins accessible toute l’année, versus les marchés espagnols ou italiens. Toutes les nationalités vivant à Bordeaux pourraient y trouver-là un espace de démonstration et de partage culinaire démontrant la richesse de notre diversité culturelle.

La suite mercredi prochain

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2 réflexions sur “Rat des villes et rat des champs

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