La sécurité alimentaire n’est pas un détail

[EXTRAIT – BORDEAUX EST AVENIR]

La métropole bordelaise telle qu’elle est organisée aujourd’hui ne pourrait pas être autonome sur le plan alimentaire plus d’une journée. C’est d’autant plus étonnant que de nombreux petits producteurs proches de notre territoire sont très fragiles économiquement. Bordeaux ne se distingue pas particulièrement, ce constat est similaire dans d’autres collectivités. Certaines d’entre elles, en revanche, se sont engagées dans des projets très ambitieux, comme Albi qui vise son autonomie alimentaire.

L’alimentation est un vecteur de changement social et pas seulement une marchandise. L’agriculture urbaine constitue un levier de résilience majeure, qui pourrait permettre à Bordeaux de s’adapter, ou de mieux résister aux changements climatiques et aux crises économiques ou sociales futures. L’intégration de l’agriculture urbaine à la trame urbaine et le développement de système alimentaires locaux intégrés sont déjà débattus et font l’objet d’actions. Il faut les poursuivre et faire en sorte qu’elles deviennent de vraies priorités.

Le temps de la ville végétale est aujourd’hui venu, non pas seulement pour des critères esthétiques mais aussi parce c’est une nécessité économique, environnementale et sociétale. Notre grand événement AGORA 2017 est consacré aux paysages. L’interaction de ces derniers avec les enjeux de l’alimentation est indispensable. La réappropriation citoyenne des savoirs sur les semences et sur la biodiversité alimentaire est un enjeu qui sera un tremplin pour l’appropriation de tous les autres usages. Une ville cultivée réduira son empreinte alimentaire et écologique en permettant l’ouverture d’un grand nombre de « tiers lieux » consacrés à l’agriculture urbaine.

Demain !, le film de Cyril Dion et Mélanie Laurent, a rencontré un succès populaire qui démontre l’intérêt de la société civile pour les alternatives au développement classique de nos villes. L’exemple de Détroit mérite d’être partagé : cette ville a connu une vague mortifère de fermetures d’entreprises, créant un taux de chômage démentiel. Seuls les plus fragiles durent rester dans la ville, les autres ayant choisi la fuite. Pour ceux-là, prisonniers malgré eux d’une ville fantôme, il n’y eut pas d’autre choix que de cultiver pour se nourrir. Detroit a ainsi réussi à atteindre l’autonomie alimentaire et à travers celle-ci une nouvelle manière de vivre ensemble dans un rythme plus lent, plus en phase avec les saisons, avec des démarches plus participatives, plus collectives. Depuis lors, Detroit est devenue un modèle suivi un peu partout dans le monde en tant qu’exemple de réinvestissement de la cité avec un projet collectif. La culture, au sens multiple du terme, est une dynamique très constructive qui s’exporte. D’ailleurs, nous avons accueilli sur le quartier du Grand parc deux artistes de Détroit en résidence. Penser Bordeaux comme une ville nourricière, est-ce une utopie ? Ou bien, est-ce ne pas y penser du tout, qui en est une ?

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