Séville à Bordeaux

[EXTRAIT – BORDEAUX EST AVENIR]

Le rapport remis dès 2013 aux responsables de l’ex région Aquitaine par l’équipe scientifique réunie par Hervé Le Treut, membre du GIEC, était déjà catégorique. Et son titre donnait le ton. Prévoir pour agir a pour vocation d’anticiper l’impact du changement climatique sur le territoire et de donner des clés aux décideurs économiques et politiques pour réagir dans les temps. Pourquoi ? Parce que les changements évoqués à l’horizon des années 2030 à 2050 impactent directement, et très concrètement, la vie quotidienne des Aquitains, sur le plan de l’environnement mais aussi de l’économie, des conditions de vie, de l’emploi ou de la santé. Les mesures à mettre en œuvre engagent leurs acteurs définitivement.

L’élévation du niveau de la mer, estimé de 0,5 à 1 mètre[1] à l’horizon 2100, rend les 270 kilomètres de côtes aquitaines particulièrement vulnérables. L’érosion des falaises mettrait à elle seule en danger, d’ici 2040, pas moins de 250 habitations sur le littoral girondin et landais, 150 autres sur la seule côte des Pyrénées-Atlantiques. Nos villes sont affaiblies par l’usure. L’évolution de la température, du degré d’humidité, ou du taux de CO2 peuvent « accélérer les processus de corrosion, de mouvement des sols, réduire les durées de service des ouvrages, augmenter les coûts d’entretien et, dans des cas extrêmes, menacer la sécurité des usagers et des services », dans des unités urbaines qui devraient concentrer 70 % de la population aquitaine, contre 50 % actuellement.

Depuis 20 ans, la date de maturité de la vigne a déjà avancé de 15 jours en moyenne. L’étude montre que le Merlot cultivé dans la région de Bordeaux pourrait voir ses dates de floraison et de vendanges avancées de 40 jours à la fin du siècle. Simple problème logistique, diront les esprits chagrins. La chaleur durant la période de maturation aura également un impact cependant sur la composition du raisin et donc sur la qualité et le goût du produit fini. Une solution ? Une relocalisation des vignes dans des secteurs plus frais. Elle poserait des problèmes liés au terroir ou aux appellations. Et l’impact d’une telle évolution devra être massivement anticipé au niveau économique…

Les forêts, déjà durement éprouvées par les tempêtes Klaus, Martin et Lothar, restent particulièrement sensibles aux modifications du climat. Elles couvrent, rappellent les auteurs, 40 % du territoire aquitain pour une filière qui emploi 30 000 salariés. Les 43 000 exploitations agricoles de la région devraient, elles, subir les conséquences directes de la raréfaction des ressources en eau. Les cultures gourmandes en eau vont en pâtir. « La répartition des espèces et des variétés va devoir s’adapter ».

Une élévation de température aurait pour impact prévisible une réduction de trois à deux mois de la saison enneigée à 1 500 mètres d’altitude, moyenne d’implantation des domaines skiables en Aquitaine. La hauteur du manteau de neige serait en outre réduite à une vingtaine de centimètres. La viabilité économique des domaines skiables en serait mise à mal.

Enfin, les risques sanitaires liés au réchauffement climatique sont réels. La liste tient de l’inventaire à la Prévert : catastrophes naturelles, exposition aux ultraviolets, pollution atmosphérique, pollution de l’eau potable, développement des allergies… Et la prolifération des nuisibles.

Ce rapport, actualisé depuis, n’est pas encore vraiment un outil de décision politique. Il n’est pas partagé avec les citoyens de manière volontariste. Le nombre de personnes connaissant son existence et qui le considéreraient comme majeur, est infime. D’ailleurs il n’est pas rare de trouver des gens, parfois en responsabilité, vous dire que toutes ces menaces sont de la pure fiction, qu’elles ne sont pas notre priorité à court terme, voire qu’elles sont passées de mode. Notre ancien président de la République, en prétendant que « L’environnement, ça commence à bien faire ! », ou encore que « L’homme n’est pas le seul responsable du changement climatique », et l’actuel, dans sa manière souvent tacticienne de rallier certains verts à son mandat, ont participé à la décrédibilisation des enjeux écologiques. Et pourtant, en été 2016, il était impossible de ne pas lire cette information claire : « L’année 2015 aura été une année climatique catastrophique ». Et puis encore… « En 2050, nous aurons besoin de l’équivalent de deux planètes pour nous nourrir », Arnaud Gauffier de WWF. Et le 20 juin 2016, on apprenait que l’atmosphère n’avait pas connu un tel niveau de gaz carbonique depuis plus de 800 000 ans. Il venait d’être dépassé le seuil de 400 particules par million de CO2. Tous les scientifiques ont reconnu qu’il s’agissait d’un pas dangereux vers le basculement climatique définitif.

L’un des vice-présidents de la région Nouvelle Aquitaine publiait il y a quelques semaines encore : « La région est très touchée par le manque d’eau. Le rapport à cette ressource va devoir profondément changer. Les perspectives sont claires : en 2050 le climat de Bordeaux sera au mieux celui de Séville aujourd’hui et le débit de la Garonne sera réduit de moitié… La priorité absolue est d’accompagner les différents acteurs pour éviter de graves conflits d’usages ».

WWF en octobre dernier, en pleine primaire de la droite en France et à quelques jours de l’élection du futur président des Etats-Unis, nous informait que 50 % des vertébrés avait disparu et qu’à ce rythme deux tiers disparaîtraient d’ici 2020.

Autant d’éléments parfaitement clairs qui démontrent sans ambiguïté la réalité des menaces qui pèsent sur nous du fait du réchauffement climatique et le risque d’effondrement de notre société telle qu’elle se développe aujourd’hui.

[1] L’ensemble des chiffres de ce paragraphe sont issus du Rapport Le Treut et repris dans l’article de Sud-Ouest, « Grandes marées, submersion, érosion : pour tout comprendre de ces phénomènes ».

La suite mercredi prochain

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