Les fonctionnaires sont-ils devenus ce qu’on en dit ?

[EXTRAIT – BORDEAUX EST AVENIR]

En permanence, j’entends pis que pendre sur la Fonction Publique : Territoriale, d’Etat ou Hospitalière. Chaque citoyen a une petite histoire à raconter qui démontre la lourdeur administrative, le manque de réactivité, l’arbitraire de certaines décisions, l’incapacité des fonctionnaires à accompagner positivement les initiatives et leurs drôles de talents, au contraire, à les décourager. J’ai, comme vous, beaucoup de petites histoires à raconter qui vont dans ce sens. L’Incubateur en est une. Mais j’en ai aussi beaucoup d’autres qui démontrent tout l’inverse.

Les citoyens sont d’autant plus critiques avec la Fonction Publique que les impôts augmentent et que les services publics ferment sur bon nombre de territoires. Les fonctionnaires, au service de tous, appliquent des réglementations qui doivent garantir l’égalité de traitement face à la loi et la protection de l’intérêt général : ce n’est plus du tout compris, ni même tout simplement cru. Ils sont tout à fait conscients du regard porté par le plus grand nombre sur leurs métiers et sur leur rôle. Beaucoup d’entre eux en sont mêmes profondément déstabilisés, même s’ils participent à cela en critiquant eux-mêmes ouvertement certains de leurs collègues et de leurs élus. Aujourd’hui, les citoyens ne sont plus vraiment fiers de leur administration et ne la pensent plus tout à fait capable de les protéger et de les soutenir. C’est un constat grave mais cela peut changer si l’on accepte d’analyser la situation objectivement pour pouvoir la corriger réellement.

Avant tout, il faut lever plusieurs tabous. Un nombre non négligeable de fonctionnaires seraient bien à la peine de trouver un emploi dans le monde privé. Il faut comprendre que ce fut aussi l’une des vocations de l’Administration que de prendre sous son aile des publics potentiellement vulnérables. Si ce n’était plus le cas, comment la société gérerait-elle ces publics, si ce n’est par un soutien via des aides sociales, avec le risque que les capacités de ces individus ne soient alors plus du tout sollicitées. Ce phénomène est malhonnêtement décrit comme massif. Cette idée dangereuse et mensongère contribue à l’image dégradée des fonctionnaires et se révèle contre-productive puisque tout discrédit emporte avec lui une perte de confiance.

L’autre tabou, qui relève presque plus encore d’une contre-vérité, concerne le temps de travail des fonctionnaires. Une majorité d’entre eux travaille sans relâche. Il est en revanche évident que l’absence de primes de valorisation pour ceux qui se révèlent plus performants, plus engagés, plus volontaires que les autres, est un vrai sujet de débats. Il est indispensable de pouvoir les distinguer, il l’est tout autant de pénaliser ceux qui se sentent exonérés de tout effort, retranchés derrière leur statut protecteur. La part des individus qui relève de cette catégorie ne peut pas mettre à mal la totalité des fonctionnaires. Laisser s’installer dans le débat la certitude que le fonctionnariat se résume à un statut de privilégié, trop coûteux, est une erreur profonde.

En simplifiant à outrance le débat sur le devenir de l’Administration, on donne à croire que l’efficience de la Fonction Publique ne peut s’envisager qu’au travers d’une réduction d’effectifs. Cela génère chez nos concitoyens une peur à double détente contradictoire : l’impression que, si l’on peut se séparer de ces fonctionnaires, c’est que leur efficacité est probablement faible et, qu’a contrario, ils vont abandonner des territoires et avec eux les populations qui seront ainsi privées de services à la personne. Notre administration est d’autant plus fragilisée ces dernières années qu’elle est sous le coup de réformes massives dont les finalités recherchées sont inaccessibles pour le plus grand nombre. Cette illisibilité empêche le grand public d’espérer une amélioration des réponses des services publics.

S’attaquer au millefeuille administratif français et poursuivre le mouvement de décentralisation sont deux enjeux dont on parle depuis longtemps. Dans ce contexte de défiance à l’endroit des élus, et plus particulièrement du gouvernement, toute initiative en la matière est d’abord regardée comme opaque et vraisemblablement inefficace. La réduction drastique du nombre de régions sans visibilité, les transferts de compétences des départements (qui auraient dû disparaître) vers les métropoles dont les représentants seront un jour élus au suffrage universel direct, équivalent à un « big bang » administratif. Les communes géreront les questions de proximité et les intercommunalités les stratégies de développement. On comprend bien que ce mouvement de fond doit se traduire par des changements profonds en termes de management des fonctionnaires et d’appréhension des territoires. On touche du doigt le fragile équilibre de « penser global et agir micro local ».

La modernisation du service public passera par un vrai travail autour du « design de service », par un plan de formation intensive pour développer l’innovation grâce à l’intégration du mode projet et l’ouverture à la société civile, au monde privé pour coproduire de l’action publique.

La suite mercredi prochain

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