Multiplication des outils de participation citoyenne : quelle place pour le citoyen ?

[EXTRAIT – BORDEAUX EST AVENIR]

L’intérêt de faire participer les citoyens à l’action publique fait consensus. Ce n’est plus seulement une obligation légale, c’est une obligation politique, morale, pragmatique. Bordeaux est le théâtre de dizaines de réunions quotidiennes dans lesquelles le tout-venant peut donner un avis, exprimer un point de vue. La Toile a décuplé la visibilité de ces rendez-vous démocratiques permettant à chacun d’être un sachant et un activiste.

Les courriers distribués dans chaque boîte aux lettres se sont multipliés à un rythme soutenu. Le citoyen qui souhaite s’informer et donner un avis le peut aujourd’hui, très objectivement. En outre, les informations transmises, les rendez-vous donnés le sont autant pour des questions de proximité au cœur des quartiers : stationnement, constructions, circulation, déchets…, que pour des enjeux plus thématiques en fonction des publics : lettres aux seniors, aux jeunes, aux nouveaux habitants… en fonction d’activités, voire de passions communes. Il existe pléthore de conseils sur les préoccupations de la population : handicap, santé, éducation, laïcité… Lesquels génèrent chacun multitude de conférences et autres tables rondes ouvertes aux citoyens. Les conseils de quartier, déclinaison souple des Conseils municipaux, qui n’apparaissaient plus tout à fait satisfaire aux besoins des citoyens, ont été complétés par d’autres formules.

Ainsi, chacun de nos quartiers est donc représenté par une commission permanente composée entre autres de personnes tirées au sort. Le tirage au sort, présenté ici et là comme la solution pour moderniser la démocratie, est donc déjà utilisé à Bordeaux. Ce procédé a permis d’élargir le socle de la représentativité sans pour autant résoudre la question de l’assiduité. Le tirage au sort n’est pas une solution miracle : procédé encore peu connu et faiblement reconnu, les tirés au sort n’acceptent pas toujours la proposition qui leur est faite. La formation des tirés au sort, comme d’ailleurs des membres cooptés pour les commissions permanentes, est cruciale.

Globalement, l’adhésion étant quasiment toujours silencieuse, la participation citoyenne relève aujourd’hui très souvent de la seule sphère du mécontentement. La Toile a accéléré cette dynamique. Nous sommes même très nombreux à être régulièrement sollicités pour pétitionner : la pétition comme mode de participation, voilà bien un idéal qui en dit long sur notre désarroi. Le citoyen qui ne se déplacerait plus que pour contester un projet, souvent à visée collective, qui mettrait à mal sa paisibilité, son confort, est un phénomène qui gagne du terrain. Il devient fréquent que des citoyens envahissent une réunion publique le temps du traitement de la question qui les a mis en mouvement, puis quittent bruyamment cette même salle, n’écoutant aucun autre des points à l’ordre du jour de la réunion qu’ils ont envahie. Les mécontents peuvent désormais le signifier d’un clic, ce qui leur permet en une fraction de seconde de conduire une triple action : protester, contribuer à la création d’un groupe de protestation quasiment sans échanges et enfin ne pas forcément s’exposer à entendre les réponses de ceux qui conduisent l’action dont ils contestent l’intérêt, voire qu’ils considèrent menaçants.

Le renoncement total à toute participation citoyenne en interaction avec les élus est probablement le mode de contestation le plus violent, et bientôt le plus répandu, car il se propage à très vive allure. Invisibles, inaudibles, désabusés, ces termes désignent de nouvelles catégories de citoyens qui fuient toute relation avec le système en place et dont la participation a disparu, quel que soit le sujet. Ces catégories rassemblent des profils très divers qui sortent de nos radars : au mieux pour créer hors des sentiers battus leurs propres modalités de vivre ensemble, au pire parce qu’ils ne se sentent plus capables de parler ou en capacité d’être entendus. Cette réalité est d’autant plus troublante que n’importe quel citoyen voulant participer le peut techniquement, à l’exception de ceux qui en sont empêchés physiquement. Il le peut techniquement et c’est déjà une avancée remarquable. Mais il est vrai que certains élus craignent encore les risques d’une trop large participation et veulent à tout prix la contrôler.

 

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