Ca s’accélère

[EXTRAIT – BORDEAUX EST AVENIR]

En mars 2014, Alain Juppé gagna aussi la présidence de la Métropole, qu’il avait quittée en 2004 alors que Québec le comptait parmi ses ressortissants. La loi NOTRe allait transformer la Métropole en une collectivité de premier plan. Le grand public, n’ayant voté que pour des équipes municipales, ne comprit pas cette nouvelle réalité, d’autant que le service rendu ne changerait pas immédiatement. Alain Juppé se retrouvait chef de file d’une majorité composée de membres de sa famille politique, de centristes et de non-encartés, tous convaincus par l’homme mais libres de ne suivre aucune consigne de parti. A la Métropole, on s’était habitué à travailler sur la gestion de l’eau, des déchets, sur les questions de mobilité, bref sur des grandes fonctionnalités, sans entrer dans les enjeux d’accompagnement des publics. Désormais, cette collectivité se retrouvait en première ligne pour le développement économique, se substituant totalement aux communes, pour l’accompagnement des 21 quartiers les plus fragiles sur 14 des 28 communes, et pour le logement, pas seulement en termes d’urbanisme, de construction mais désormais aussi en termes d’accompagnement des logés entre autres. Autrement dit, il s’agissait de créer une nouvelle organisation administrative qui permettrait certes de faire des économies d’échelle mais aussi de réussir la mixité sociale et fonctionnelle sur tout le territoire, en gardant une identité propre pour chaque entité communale. Idéalement, avec la loi NOTRe, l’Etat, redevenu fort sur ses compétences régaliennes, devait donner aux régions et aux intercommunalités la responsabilité d’adapter les politiques nationales aux spécificités des territoires. Quant aux communes, leur mission d’accompagner l’expression des habitants, leurs initiatives, leurs capacités, en sera continument renforcée. Au final, les mairies doivent pouvoir déployer des services publics en hyper proximité et susciter des solidarités citoyennes toujours plus créatives. La cohésion sociale et territoriale du pays dépendra beaucoup de l’action des communes, de l’écoute active par les agents et les élus des habitants, pour construire avec eux les diagnostics des besoins, supports de décisions supra-communales. Alain Juppé avait évidemment tout cela en tête mais il pensait probablement déjà à l’élection présidentielle. Il prit donc résolument le parti d’engager la métropolisation dans un premier temps par le biais des Ressources Humaines en déplaçant 800 agents de la ville de Bordeaux vers la métropole avec pour objectif de transférer également des compétences. Les autres communes y participeraient à leur rythme, ou pas.

Il décida, alors même qu’il était largement majoritaire, de poursuivre la cogestion : il confia donc à des élus de gauche sept vice-présidences. Certains critiquèrent cette décision, convaincus qu’elle ne permettait pas à la collectivité de sortir de la logique de marchandage ni de développer un plan d’actions ambitieux avec une véritable vision intercommunale. D’autres pensaient que cette cogestion locale était la meilleure façon de réussir la métropolisation. Quoiqu’il en soit, la Métropole doit devenir une collectivité de premier plan et il est indispensable que les citoyens comprennent la valeur ajoutée de cette nouvelle organisation administrative en en bénéficiant concrètement. C’est un défi majeur qui devra être relevé dans les années à venir, une responsabilité à part entière qui exige qu’on s’y consacre totalement.

Professionnellement, j’ai quitté la responsabilité des Juniors du développement durable pour rejoindre le cabinet d’Alain Juppé à la Métropole et pour prendre en charge les questions de la Politique de la ville, du logement et de la démocratie participative. Je prenais donc un poste plus politique. Élue de l’opposition à la Région, élue de la majorité à la mairie, je devenais dans ma vie professionnelle, indispensable garantie de ma liberté d’agir, membre de cabinet, à l’heure de la métropolisation. Rédiger, prévenir, nourrir des contacts sur le sol métropolitain, constituait mon quotidien et parachevait ma connaissance des enjeux du territoire intercommunal, dont celui des équilibres politiques.

Ce triptyque d’activités, que l’on pouvait percevoir comme un cumul, me permettait de garder l’œil grand ouvert et l’esprit vif. A mesure que j’intégrais les impacts de cette nouvelle étape de décentralisation avec la loi NOTRe, je percevais dans mon quotidien le désenchantement total des habitants envers le monde politique, mais à contrario un attachement encore indemne aux élus de terrain.

Alain Juppé était élu depuis mars 2014. Cinq mois après, par un billet sur son blog, il annonce sa candidature à la primaire de la droite. Il a décidé d’écrire ce billet sans avoir construit, ni même vraiment pensé, la machine de guerre qu’il fallait armer pour les batailles à venir. Ses plus proches accueillirent avec bonheur la nouvelle tant attendue : ils étaient certains qu’il fallait qu’il franchisse le pas, c’était la dernière fenêtre de tir. Conduits par Gilles B., son ancien directeur de cabinet à Bordeaux, ils constituaient un petit groupe d’hommes fidèles dont il était sûr. Les femmes intégrèrent ce premier cercle ultérieurement et n’en occupèrent pas moins une place de premier choix. Lors de la première réunion d’adjoints de rentrée, il nous remerciera collectivement de nos messages de l’été pour ses 69 ans, autant que pour sa candidature. « Rien ne changerait : il nous faudrait travailler davantage, c’était tout ».

Alain Juppé, était le seul candidat aux présidentielles à être maire depuis vingt ans. Il est très attaché au modèle de la démocratie représentative, au mandat donné aux élus pour défendre l’intérêt général. Il rapporte souvent cette anecdote : lors d’une réunion publique, les citoyens s’agacent bruyamment sur un aménagement de place publique jusqu’à ce que deux groupes, représentant deux points de vue a priori inconciliables, se constituent. Un homme se lève dans la salle en interpellant le maire et lui dit « C’est vous le maire de Bordeaux, pas nous, c’est à vous de trancher, on vous a élu pour ça ! ». Alain Juppé a développé, à force d’être présent sur le terrain, de faire de la proximité, un mode de faire et une façon d’être. Il a acquis la conviction que l’administration et les élus devraient déconcentrer leurs actions au plus près des besoins. Huit mairies de quartier sont nées et elles nous ont permis de développer des réponses de plus en plus adaptées, en très grande proximité. Le coordonnateur des huit maires adjoints de quartier, élu depuis 1989, Jean-Louis David, très fin connaisseur de la ville et de ses habitants, a adhéré sans hésitation à la démarche du Pacte : l’orientation, la méthode et les perspectives. Il s’y est engagé pleinement et sincèrement. Il est un homme intègre qui travaille sans relâche, qui donne tout ce qu’il est aux Bordelais.

Un jour donc, je donne au maire les huit Pactes de territoire, à l’issue d’un très long travail de concertation, comme je lui avais donné mon premier document fondateur. Le lundi matin, je le croise. Pas d’invitation au dialogue, pas un mot de sa part… Ah si… Un petit… « J’avais peur que ce ne soit pas concret mais ça l’est ! »… Fermez les bans. Pour moi, le Pacte aura été un point de départ. Alain Juppé, a libéré définitivement en moi le désir et la capacité de penser l’action publique dans son ensemble et de vouloir proposer, face aux défis vertigineux qu’il nous faut surmonter, une méthode de mobilisation de l’Administration et de la société civile différente, alternative. Bordeaux, la belle réveillée, va devoir garder sa superbe et son attractivité : l’accroissement de sa population ne devra pas lui faire perdre ni son identité, ni la qualité de sa cohésion sociale. En tant que grande ville, elle devra surtout devenir un modèle de transition car nul ne peut plus ignorer aujourd’hui que les mutations en cours imposent de repenser profondément nos modèles de développement.

Le Pacte est devenu ainsi une initiative majeure de la ville de Bordeaux sur ce mandat. Alain Juppé s’y référait régulièrement tandis qu’il intensifiait sa vie de candidat aux primaires.

La suite mercredi prochain

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