Renouer avec des débats de bon niveau

[EXTRAIT – BORDEAUX EST AVENIR]

 

18h. Place Pey Berland. Serge Paugam, sociologue de renom, est notre premier invité pour notre cycle de conférences des Bruits de la rue. Trois cent personnes sont venues l’écouter, c’est un succès. Il y a de la place pour des débats sérieux sur ces questions essentielles. Il y a surtout l’envie des acteurs de terrain de partager une vision, de se mettre en lien. Il y a enfin des opposants qui me diront plus tard, en toute amitié « Tu étais comme un nouveau caillou dans notre chaussure. Vous étiez désormais deux élues à vous engager dans les questions sociales. Alain Juppé avait donc une vraie fibre, là où il commençait à se dire que sans Véronique, il n’avait pas de pensée sociale ». De s’entourer successivement par des femmes comme nous témoignait au contraire de son intérêt pour cet enjeu, et de sa conscience de sa terrible actualité.

 

L’interdisciplinarité : la clé de tout

Le boulanger, l’un des membres de l’association, nous dit que de nombreux commerçants regrettent que les étages de leur boutique soient vides : ils leur coûtent et ne servent à rien. « Pourquoi ne pas y accueillir des publics fragiles ? ». Le directeur d’une association caritative, autre membre de notre association, parle d’un dispositif qu’il connaît bien qui pourrait permettre de prendre ces logements en location en intermédiation locative. Le financier de l’association sait enfin comment il pourrait mobiliser une ligne x dans le dispositif y pour faire faire les travaux de rénovation. Bref, c’est en trente minutes que notre petite association a apporté une piste d’action qui s’est révélée positive puisque des logements ont pu ainsi, quelques mois plus tard, être proposés à la location à très faible prix et ainsi assurer aux commerçants des revenus complémentaires. C’est assez simple finalement comme idée mais le boulanger n’avait évidemment jamais été invité auparavant à des réunions sur la question de l’urgence sociale. L’interdisciplinarité qui revient à proposer à des professionnels d’activités très diverses de se questionner et de réfléchir ensemble est une garantie de production de nouvelles idées. Plus tard, j’ai mis cette interdisciplinarité au cœur de mon action politique avec le Pacte.

 

J’aurais aimé transmettre à Alain Juppé cette conviction que l’interdisciplinarité et le décloisonnement sont productifs de solutions positives, réactives et agiles. Alain Juppé échange très peu avec ses élus : il leur fait confiance et leur laisse une réelle marge de manœuvre. Quand vous disposez de si peu de temps pour dialoguer, vous raisonnez jusqu’au plus petit détail avant de le rencontrer, vous savez qu’il faudra avoir poussé la réflexion et la faisabilité de vos actions au maximum. Ces rapports désincarnés empêchent tout parasitage de l’ordre de l’émotion. Très vite, on découvre qu’on est immensément seul dans cette mairie. J’ai compris les enjeux et les réponses souhaitées auprès des acteurs de terrain. Cette solitude m’aura conduit à nouer des amitiés réelles et à acquérir le réflexe de toujours, et avant tout, écouter ceux qui font avant ceux qui, dans nos institutions, permettent de faire, ou pas.

 

La suite mercredi prochain

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