Drôle de Dames

[EXTRAIT – BORDEAUX est AVENIR]

Une fin d’après-midi. Nous étions quatre femmes autour d’Isabelle, de Gilles B et du publicitaire à nous retrouver avec le candidat pour donner notre avis libre sur ce qui se passait durant cette campagne et sur ce qui manquait selon nous : « Permis de tout dire », on nous l’avait donné. Je ne sais pas qui avait voulu que ces temps-là existent et s’ils avaient été utiles. Je me revois, campant le personnage d’Alain Rousset pour donner la réplique à Alain Juppé qui se préparait au débat télévisé du lendemain. Je prenais cette mission très au sérieux : il a dû m’arriver d’étonner par des remarques justes et d’autres totalement hors sujet. Cette fraîcheur ne durerait qu’un temps : une fois élue, je la perdrai inéluctablement.

Certaines de mes nouvelles connaissances m’ont invitée à ce moment-là à être très lucide sur ce qui m’arrivait pour ne pas me brûler : ce temps ne durerait pas. Alain Juppé, lui, ne m’a rien dit de particulier. Une fois qu’il vous connaît, avec vos forces et vos faiblesses, qu’il n’essaie pas de corriger, vous pouvez intégrer sa grande famille, vous pouvez aussi en partir, il ne vous retiendra pas. Ma vraie famille à moi a su aussi très vite me mettre en garde, me rappeler que mon enthousiasme ne devait surtout pas étouffer ma lucidité. Et puis les militants parlent, ils racontent mieux que personne que les incontournables d’aujourd’hui ne sont pas ceux de demain. Il suffit de les écouter pour comprendre un tas de choses.

Respecter les codes, sinon…

Un coup de téléphone. J’organise ma deuxième réunion Tupperware autour d’Alain Juppé. On m’indique que cinq élus l’accompagneront. Le « on », ce sont des personnes dont je ne maîtrise pas encore très bien ni l’identité, ni la fonction, ni surtout le lien avec chacun des cinq invités imposés. Je refuse tout de go. « J’invite Alain Juppé et des citoyens, les autres, Non ». Ce soir-là, je ne me suis pas fait cinq amis. Certains ne l’ont toujours pas oublié.

Au final, la campagne des municipales fut une expérience sportive mais joyeuse et finalement légère. Alain Juppé était mon pygmalion : on apprend tout d’un pygmalion, de ses qualités et de ses limites, les siennes et les vôtres. C’est une occasion unique de se révéler, de s’émanciper de la trajectoire de vie qu’était la sienne avant la rencontre. Ces trois mois intenses vous galvanisent, ils s’achèvent le jour du vote : heures paroxystiques d’excitation, joyeuses peurs et inquiétante joie.

La suite mercredi prochain

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