L’évidence de la priorité à l’éducation

[EXTRAIT – BORDEAUX est AVENIR]

Ce genre de projet, et l’enthousiasme qu’il faisait naître, remplissait mes journées. J’ai baigné dans l’univers de l’éducation nationale et des associations. L’évidence que tout passe par l’éducation, la transmission, la connaissance, le dialogue et le goût des expériences sans la peur de l’échec s’est inscrite en moi définitivement. Durant cette période, notre troisième enfant est né et deux cents personnes travaillaient maintenant dans l’entreprise de mon mari. Nos échanges sur nos vies respectives étaient et sont restés épiques. Mon salaire, comme celui de tous mes camarades de la fonction publique, étant financé par l’impôt tiré avant tout de l’énergie et de l’initiative des entrepreneurs dont il était. Sans entreprise, sans production de valeurs, pas d’économie, pas de fonction publique, pas de répartition, ni de solidarité. Nous vivons le choc des cultures en famille ! Parfois de manière rude, tant ces deux univers sont éloignés. Mais les découvrir au travers l’un de l’autre nous a permis de nous construire et de ne pas nous enfermer dans la certitude que son modèle est le bon.

Pendant quatre ans, ce dispositif a pris de l’ampleur à mesure que la conscience écologique du grand public était sollicitée, que les Agendas 21 et autres plans climat fleurissaient. De trois cents écoliers impliqués nous arrivâmes vite à dix mille, de dix écoles engagées à soixante-dix, d’actions courtes conduites sur une demi-journée avec une seule classe à des projets devant être définitifs avec toute l’école et toute la communauté pédagogique. Le succès du dispositif des Juniors du développement durable s’accélérait donc à une allure incroyable. A travers les écoliers, c’était les parents que nous pouvions toucher.

Gilles B s’ennuie

Lundi matin. 11h. A l’Hôtel de ville de Bordeaux. Convaincue du rôle des familles dans la prise en compte du défi écologique, j’ai eu envie de partager mon enthousiasme directement avec le président, de lui décrire ce que je voyais chaque jour et en quoi son implication personnelle aurait pu faire de ce dispositif une dynamique citoyenne nationale prodigieuse. Je regrette encore de n’avoir pas pu lui en parler directement, de ne pas avoir voulu éviter les intermédiaires. C’est son meilleur assistant qui m’avait reçu à sa place. Il était son directeur de cabinet, il sera ensuite son directeur de campagne et aura été au final le plus durable des plus proches d’Alain Juppé, par la seule force de sa volonté de fer. Il s’est imposé comme incontournable ; il n’a permis à personne de prendre cette place, convaincu d’être l’ombre indispensable du grand homme, pour accomplir leurs grands destins. C’est une sorte d’artiste : il a inventé un humour très singulier qui frappe ses victimes sans jamais qu’elles ne s’y soient préparées ni même parfois qu’elles n’en aient conscience.

Le jour de l’entretien, que j’avais attendu avec une patience démesurée, je m’installe face à lui avec une appréhension que ce bureau trop grand, en haut de l’escalier en pierre, mitoyen de celui d’Alain Juppé, ne fait que renforcer. L’accueil est à l’image de l’entretien : glacial. Le résultat est inversement proportionnel à celui que j’espérais : l’humour, sans rire ni sourire, concentré dans son regard affligé, fut tout ce que j’obtins. Les Juniors semblaient à ses yeux un détail ennuyeux. De cet entretien, j’étais sortie abasourdie. Une demi-heure ne peut pas résumer un homme, mais la première impression n’est jamais complètement fausse, elle fut assez mauvaise ce jour-là. Pourtant, aujourd’hui encore, j’ai pour lui une infinie tendresse.

Ce n’est pas lui qui m’aura ouvert la porte d’Alain Juppé, ni ce jour-là, ni aucun jour d’après. Non, c’est Isabelle, la femme du maire. Elle est une femme d’une grande modernité qui a compris très tôt que l’écologie, le numérique et la place du citoyen étaient des enjeux prioritaires. La force d’Alain Juppé c’est aussi son épouse. C’est elle qui l’a invité à essayer de m’entendre, elle qui a toujours veillé à ce que je ne lui fasse pas manquer des signaux faibles avant-coureurs de la société, que mes convictions et ma manière d’être me permettaient de capter. Quand vint la rencontre en face à face entre lui et moi, elle était là et ce fut elle qui, plus tard, arrangea un déjeuner plus personnel entre nous.

La suite mercredi prochain

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